Livraison gratuite
Chargement des résultats…
De la région deهمدانHamadan
Deux nœuds par touffe : un velours plus dense et plus résistant, qui conserve son motif pendant des décennies.

HamadanVoir dans le dictionnaire des tapis, chef-lieu de la province qui porte son nom, se trouve dans l'ouest de l'Iran, sur le versant nord-est du mont Alvand, dans les monts Zagros, à quelque 1 800 mètres d'altitude. La grande route qui relie Bagdad à Téhéran en franchissant le Zagros la traverse : c'est par là que ses tapis sont arrivés en nombre sur les marchés occidentaux. Sous la ville moderne dort Ecbatane, capitale des Mèdes puis résidence d'été achéménide, et Hamadan passe généralement pour l'une des plus anciennes villes d'Iran habitées sans interruption. De hauts pâturages et une position sur une route commerciale : voilà les raisons concrètes pour lesquelles le tissage s'y est implanté et ne s'y est jamais éteint.
Le nom inscrit sur une étiquette recouvre bien plus que la ville elle-même. Il fonctionne à deux niveaux : les ateliers intra-muros d'un côté, de l'autre l'immense territoire villageois qui les entoure, où le métier dénombre plus de 1 500 localités. Chaque village conserve en général un ou deux dessins qui lui sont propres, si bien que le vocabulaire ornemental rassemblé sous ce seul mot est foisonnant plutôt qu'homogène. Le tissage villageois suit par ailleurs les saisons. À cette altitude, les hivers sont rudes et les familles tissent à l'intérieur pendant les mois froids : un Hamadan de village est un tapis d'hiver au sens le plus littéral.
Pour lire l'un de ces tapis, il faut d'abord savoir quel Hamadan on a sous les yeux. Les pièces de ville sortent des métiers d'atelier, plus luxueuses, très fleuries, au nouage nettement plus serré, souvent posées sur des fonds que l'on n'attendrait pas de la région. Les pièces de village sont un travail domestique destiné à l'usage : petits formats et tapis de couloir, géométriques bien plus souvent que floraux, au nouage plus grossier. Aucune n'est une version diminuée de l'autre, mais ce sont deux produits distincts, et l'essentiel de la confusion qui entoure ce nom vient de ce qu'on les confond.
Les matières, elles, ne varient pas. Le veloursVoir dans le dictionnaire des tapis est de laineVoir dans le dictionnaire des tapis d'un bout à l'autre, tondue sur des troupeaux qui pâturent les alpages autour de la ville. La chaîne et la trame sont normalement en coton, ce qui maintient le tapis d'équerre et empêche un long tapis de couloir de gondoler sur sa longueur. Les Hamadan anciens étaient montés sur une base de laine, et c'est là l'un des indices discrets qui permettent de situer une pièce dans le temps : chaîne et trameVoir dans le dictionnaire des tapis de laine sous un velours de laine annoncent en général un tapis ancien plutôt que récent.
Le nouage est symétrique, avec le nœud dit turc, dont la diffusion dans le tissage persan remonte généralement à l'époque seldjoukide, aux XIe et XIIe siècles ; Hamadan, TabrizVoir dans le dictionnaire des tapis et plus largement l'Azerbaïdjan sont les régions où cette filiation reste la plus lisible. La construction qui l'accompagne est à trame simpleVoir dans le dictionnaire des tapis : une seule duite passe entre chaque rangée de nœuds, au lieu de deux. Cela se voit au revers. Avec une seule duite, la chaîne reste partiellement découverte entre les rangées et dessine au dos du tapis un zigzag de points blancs.
Cette technique n'a rien d'un secret local. C'est la pratique courante de toute la région de Hamadan et des cultures textiles qui la bordent : tapis tribaux kurdes, SennehVoir dans le dictionnaire des tapis, KaradjaVoir dans le dictionnaire des tapis, MehrabanVoir dans le dictionnaire des tapis, BakhtiarVoir dans le dictionnaire des tapis. Elle donne une étoffe plus fine et plus souple qu'un tapis à double trameVoir dans le dictionnaire des tapis de densitéVoir dans le dictionnaire des tapis comparable, et un revers où la structure reste lisible. La hauteur du velours posé sur cette étoffe est une autre affaire, et elle varie : Hamadan figure aussi bien parmi les tissages persans à velours épais que parmi les fournisseurs de tapis de couloir à velours ras et doux. Jugez la hauteur du velours sur le tapis que vous avez devant vous, pas sur son nom.
La géométrie domine, surtout dans les villages. Quand un médaillonVoir dans le dictionnaire des tapis apparaît, il est le plus souvent hexagonal ou en losange, tracé à la règle plutôt que dessiné en rosaceVoir dans le dictionnaire des tapis courbe. Les semis géométriques sont eux aussi un classique : une forme répétée sur tout le champ, la couleur de fond changeant à l'intérieur des formes à mesure que le dessin progresse, dans la même famille que les tapis de HerizVoir dans le dictionnaire des tapis, de Karadja et d'Azerbaïdjan. Les décors floraux, à médaillon, à médaillon et écoinçonsVoir dans le dictionnaire des tapis ou herati se tissent également ici : la géométrie est donc une tendance forte, pas une règle.
Le herati, appelé aussi mahi ou décor au poisson, est l'une des signatures les plus nettes de la région : une petite rosace enfermée dans un losange, entourée de feuilles recourbées, répétée sur tout le champ, employée aussi bien en semis qu'autour d'un médaillon. Le nom renvoie à HératVoir dans le dictionnaire des tapis, la ville afghane où le motif est né. La ville de Hamadan a sa propre spécialité, le golfarangVoir dans le dictionnaire des tapis, littéralement « fleur européenne », un décor floral rare bâti sur de grandes fleurs naturalistes et lié à la ville, non aux villages. Hamadan compte aussi parmi les tissages qui pratiquent le champ ouvert, un médaillon posé sur un fond largement vide, ce qui relève du travail le plus formel de la ville.
Trois couleurs de fond portent l'essentiel de la production : le rouge, le bleu profond et le crème. Les rehauts vont vers d'autres bleus, vers l'ivoire et vers le jaune, et les tapis de couloir se font couramment sur fond rouge ou bleu marine, parcourus de beige. Les tapis de village ne s'écartent presque jamais de cette palette. C'est dans les ateliers de la ville que naissent les exceptions, y compris des fonds, un jaune franc par exemple, qui détonneraient sur une pièce villageoise. Si la couleur de fond d'un Hamadan vous surprend, il vient très probablement de la ville.
Pour la région prise dans son ensemble, la densité se situe dans une fourchette d'environ 80 à 200 nœuds par pouce carréVoir dans le dictionnaire des tapis (KPSI, l'abréviation anglaise en usage dans le métier) : la catégorie des tapis d'usage quotidien résistants, et non celle du tissage d'atelier fin. À l'intérieur de cette fourchette, le partage entre ville et village revient : les pièces d'atelier occupent le haut, les pièces de village le bas et le milieu. Bon à savoir quand on compare deux tapis vendus sous le même nom : ce nom ne recouvre pas une qualité unique. Le MalayerVoir dans le dictionnaire des tapis voisin, dont les villages du nord-ouest tissent à la manière de Hamadan, est en général noué d'un cran plus fin.
Le tapis de couloir est la signature commerciale de la région. Avec Karadja et Mehraban, Hamadan offre en la matière un choix que presque aucun autre tissage persan n'égale, d'environ 1,80 mètre jusqu'à des longueurs dépassant largement six mètres : exactement ce qu'exige un long corridor ou une cage d'escalier entière, et ce que peu de centres de tissage fournissent régulièrement. Les très grandes longueurs portent le plus souvent le décor herati. On trouve aussi ici des galeries larges, à partir de 90 centimètres environ, et les exemplaires larges apparaissent surtout parmi les pièces anciennes. En dehors des tapis de couloir, les métiers villageois travaillent surtout les petits formats.
Concrètement, c'est un tapis fait pour le passage : une base de coton, un nœud symétriqueVoir dans le dictionnaire des tapis et une laine venue de pâturages hauts et froids en font un revêtement de sol robuste, non un objet fragile. L'influence de la région déborde d'ailleurs ses propres limites. Mehraban, à sa lisièreVoir dans le dictionnaire des tapis nord, et toute la moitié nord-ouest du Malayer tissent à la manière de Hamadan, et les tapis de ZanjanVoir dans le dictionnaire des tapis tissés au plus près de la région reprennent ses dessins et ses couleurs avec un velours plus ras. Apprendre à lire cette construction, c'est apprendre à lire une bonne part de l'ouest de l'Iran.

Un tapis persan est un tapis iranien noué mainVoir dans le dictionnaire des tapis, et la tradition dont il est issu est la plus ancienne qui soit attestée au monde. Le plus ancien tapis conservé, le tapis de PazyrykVoir dans le dictionnaire des tapis, a été retrouvé dans un tumulus funéraire où le gel l’avait préservé, et date du Ve siècle av. J.-C. — il y a environ 2 500 ans ; c’est déjà une œuvre aboutie, pas un coup d’essai. Ce qui n’était au départ qu’un revêtement de sol chaud et résistant pour les foyers des tribus est devenu, au fil de ces siècles, l’art auquel tous les autres pays producteurs de tapis ont emprunté.
Deux chapitres plus tardifs ont façonné le tapis persan tel qu’on le connaît aujourd’hui. Sous la dynastie safavideVoir dans le dictionnaire des tapis, de 1501 à 1732, la cour encourage le tissage au même titre que la peinture et la calligraphie, et les ateliers de TabrizVoir dans le dictionnaire des tapis, HératVoir dans le dictionnaire des tapis, KashanVoir dans le dictionnaire des tapis et KermanVoir dans le dictionnaire des tapis produisent les chefs-d’œuvre aujourd’hui conservés dans les musées. C’est à cette époque qu’apparaît le grand médaillon centralVoir dans le dictionnaire des tapis, et que les dessins deviennent si élaborés qu’un dessinateur à part entière — souvent un peintre miniaturiste — trace le motif sur un carton que le tisserand n’a plus qu’à suivre. Le second chapitre s’ouvre au XIXe siècle, sous la dynastie kadjareVoir dans le dictionnaire des tapis : la production atteint son apogée historique, les exportations vers l’Europe et l’Amérique s’envolent, et l’industrie des ateliers, dont les héritiers tissent encore aujourd’hui, prend sa forme moderne.
Les professionnels du tapis classent les tapis persans en trois familles. Les tapis de ville — Tabriz, Kashan, Kerman, NainVoir dans le dictionnaire des tapis, IspahanVoir dans le dictionnaire des tapis — sont noués en atelier d’après un carton dessiné ; ils atteignent les plus fortes densités de nœuds et offrent le plus large choix de couleurs, de tailles et de dessins. Les tapis de village, comme les HerizVoir dans le dictionnaire des tapis, les BakhtiarVoir dans le dictionnaire des tapis ou les KaradjaVoir dans le dictionnaire des tapis, se situent entre les deux : le plus souvent géométriques, ils sont en grande partie noués de mémoire. Les tapis tribaux — tapis qashqais, baloutches ou turkmènes, qui portent chacun le nom du peuple qui les tisse — sont réalisés sur de petits métiers portatifs, d’où leurs formats plus modestes, et leur dessin géométrique affirmé sort tout droit de la tête du tisserand, et non d’un papier.
Le vocabulaire ornemental puise dans un riche répertoire de motifs : palmettes Shah AbbasiVoir dans le dictionnaire des tapis, arabesques souples, petit motif heratiVoir dans le dictionnaire des tapis répété, médaillons, compositions de jardin et arbres de vie. Combinés aux habitudes de chaque région, ils donnent des styles qu’un œil exercé situe au premier regard, des médaillons géométriques affirmés des Heriz aux fins décors floraux curvilignes d’Ispahan.
La palette classique repose sur les teintures naturelles : rouges garanceVoir dans le dictionnaire des tapis, bleus indigo, jaunes safran et doux tons ivoire, réunis en harmonies affinées au fil des siècles. Les teintures naturelles vieillissent avec grâce et s’adoucissent jusqu’à cette patine si recherchée sur les tapis anciens ; quant aux légères variations de ton d’un lot de teintureVoir dans le dictionnaire des tapis à l’autre — l’effet appelé abrashVoir dans le dictionnaire des tapis —, elles sont la marque d’une teinture naturelle réalisée par petits lots, et non un défaut.
Le veloursVoir dans le dictionnaire des tapis est presque toujours en laineVoir dans le dictionnaire des tapis, et c’est d’elle que dépend en grande partie la qualité du tapis. Les plus belles toisons viennent des troupeaux d’altitude, où elles poussent plus épaisses et plus riches en lanolineVoir dans le dictionnaire des tapis ; la laine de tonte de printemps l’emporte sur la tonte d’automne, et le filage à la main donne un fil plus fin et plus doux que le filage à la machine. Les belles pièces ajoutent des rehauts de soie au velours de laine, et les plus fines sont nouées en pure soie. La fondation est généralement en coton dans les tapis de ville, en laine dans les tapis tribaux et les pièces plus anciennes, en soie tout en haut de la gamme.
Chaque nœud est fait à la main, un à un, selon l’une des deux techniques : le nœud persanVoir dans le dictionnaire des tapis (asymétrique), courant dans le centre et l’est de l’Iran, ou le nœud turcVoir dans le dictionnaire des tapis (symétrique), répandu dans le nord-ouest depuis que les tisserands seldjoukides l’y ont introduit aux XIe et XIIe siècles. Un grand tapis compte près de deux millions de nœuds et peut occuper un tisserand pendant environ un an.
La densité de nœudsVoir dans le dictionnaire des tapis est le chiffre sur lequel se focalisent les néophytes, et les plus belles pièces à fondation de soie atteignent bel et bien jusqu’à 1 000 nœuds par pouce carré. Mais la densitéVoir dans le dictionnaire des tapis ne compte que dans la mesure où le dessin l’exige : un Ispahan curviligne a besoin d’un nouage serré pour rester net, tandis qu’un Heriz géométrique est réputé pour sa robustesse avec un nombre de nœuds modeste. La matière, la symétrie, l’harmonie des couleurs et l’état en disent plus long sur la qualité que n’importe quel chiffre isolé.
Les tapis persans s’installent dans une pièce moderne aussi naturellement que dans un intérieur classique : tapis de salon qui attire tous les regards, socle discret sous la table à manger ou tapis de chambre plus calme. L’entretien est peu exigeant : un passage d’aspirateur délicat, sans brosse rotativeVoir dans le dictionnaire des tapis, une rotation de temps en temps pour une usure régulière et un lavage professionnel environ tous les cinq ans — plus tôt dans un couloir ou une entrée, moins souvent dans une pièce peu passante.
Un tapis persan noué main survit généralement à ses propriétaires. Des pièces centenaires nous parviennent régulièrement en bel état, les couleurs apaisées et le velours souple, souvent plus belles qu’à leur sortie du métier. Un tapis bien choisi et bien entretenu garde sa valeur et se transmet comme un objet de famille au lieu d’être remplacé — c’est précisément à cela que les nœuds, la laine et les teintures ont toujours servi.
Notre famille est dans le commerce du tapis depuis deux générations. Posez-nous toutes vos questions : photos, appels vidéo, conseils sur les dimensions.
Guides de notre atelier familial : comment nettoyer, disposer et entretenir des tapis noués main.