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De la région deاستان فارسFars

Le Fars n'est pas une ville mais une province : quelque 122 000 kilomètres carrés dans le sud-ouest de l'Iran, qui s'étendent des hauteurs du Zagros, à l'ouest, jusqu'au désert, à l'est, et dont ShirazVoir dans le dictionnaire des tapis est la capitale. Son ancien nom, Pars, que les Grecs écrivaient Persis, est à l'origine de l'anglais Persia comme de notre Perse ; comme l'arabe ne connaît pas le son p, Pars est devenu Fars après la conquête islamique. Persépolis et Pasargades se trouvent toutes deux sur son territoire. Sur l'étiquette d'un tapis, en revanche, ce nom couvre plusieurs tissages très différents les uns des autres, et savoir auquel on a affaire compte bien davantage que la province elle-même.
Sur le marché, l'essentiel de la production de la province circule sous quatre noms : QashqaiVoir dans le dictionnaire des tapis, Shiraz, AbadehVoir dans le dictionnaire des tapis et GabbehVoir dans le dictionnaire des tapis, sans oublier le Khamseh et le Luri, tissés à leurs côtés. On classe habituellement le tapis persan en trois registres, l'atelier urbain, le village et la tribu, et le Fars relève presque entièrement des deux derniers. Le Qashqai et le Gabbeh sont des tapis tribaux, noués par des nomades. L'Abadeh est un tapis de village : ses tisserands sont sédentaires, mieux outillés, ils disposent de plus de teintures et de métiers de plusieurs formats, mais ils travaillent sans le carton, ce dessin sur papier que suit l'atelier urbain. Le Shiraz figure sur les deux listes, ce qui sied à un tapis noué par d'anciens nomades installés aux portes d'une grande ville. Le décor floral tout en courbes des villes d'ateliers du nord n'appartient pas au répertoire d'ici.
Présents dans ce coin de l'Iran depuis le XVIe siècle au moins, les Qashqai forment une confédération de tribus longtemps nomades, d'origines mêlées : turkmène, arabe, kurde et lore. L'année pastorale règle le calendrier du tissage : le printemps, l'été et l'automne se passent à suivre les moutons et les chèvres d'un pâturage à l'autre, et le métier ne sort qu'une fois le campement installé pour l'hiver. La teinture tribale se fait avec ce que donne le pays alentour, les végétaux, les fleurs et les autres matières naturelles de l'endroit où l'on a planté le camp. Le tapis porte simplement le nom de la tribu, comme le font les tapis baloutches et turkmènes.
On ne travaille d'après aucun modèle. Chaque dessin vit dans la mémoire de la tisserande et se transmet d'une génération à la suivante : le motif tient lieu d'archive. Les figures viennent de ce que la tribu côtoie, animaux, plantes, fleurs, arbres et objets de la vie quotidienne, disposés en compositions géométriques ou à médaillonVoir dans le dictionnaire des tapis. La palette privilégie les tons de pierres précieuses, rouges, safran, or, indigo, bleu et vert, le plus souvent sur un fond rouge profond ou bleu nuit. Un Qashqai se lit comme une improvisation plutôt que comme une composition, et les petites irrégularités du dessin font partie de l'effet recherché.
La laineVoir dans le dictionnaire des tapis vient des moutons de la tribu, et c'est une laine de travail, dure : plus épaisse et moins docile que la toison douce qu'achète un atelier urbain, et c'est précisément pour cela que le tapis fini résiste si bien à l'usage tout en restant doux au toucher. La chaîne et la trame sont en coton ou en laine, le veloursVoir dans le dictionnaire des tapis toujours en laine, de hauteur moyenne et dense sous le pied, un ensemble qui convient aux couloirs et aux pièces très fréquentées. Les formats restent petits à moyens, couramment 1,20 m sur 1,80 m ou 1,50 m sur 2,10 m, parfois en galerie, parce qu'un campement qui se déplace ne peut emporter qu'un métier compact. Les grands Qashqai sont rares.
Les tapis Shiraz sont noués dans la capitale provinciale et alentour par des familles tribales, sur des métiers fixes montés chez elles, puis portés au bazar de la ville pour être cédés aux marchands. Leur dessin est un hybride que l'on ne trouve nulle part ailleurs, entre le style d'Abadeh et celui des Qashqai, et la raison en est l'exode rural : en s'installant en ville, les tisserandes venues de la campagne ont emporté avec elles les motifs qu'elles connaissaient déjà. Les compositions restent géométriques, qu'il s'agisse d'un médaillon central unique, d'une colonne de médaillons répétés ou d'un champ entièrement couvert de motifs géométriques, et le botehVoir dans le dictionnaire des tapis, cette goutte d'eau que le motif cachemire a rendue familière, y revient régulièrement.
Sur le plan technique, ces tapis sont simples. La chaîne et la trame sont en coton ou en laine, le velours en laine dans les deux cas ; une base de laine donne un velours plus souple et plus détendu, une base de coton un tissage plus serré et plus compact. Les pièces à base de laine sont nouées au nœud symétriqueVoir dans le dictionnaire des tapis, dit nœud turc, qui résiste remarquablement à l'usure et se prête au dessin géométrique net. La densitéVoir dans le dictionnaire des tapis va de faible à moyenne, environ 120 nœuds par pouce carréVoir dans le dictionnaire des tapis (KPSI, l'abréviation anglaise en usage dans le métier). Les champs sont le plus souvent rouges ou bruns, éclairés de crème, de jaune, de vert et de bleu. Un métier en bois bouge avec le temps et une base de laine travaille plus que le coton : les tapis tribaux et villageois sont donc rarement parfaitement d'équerre, et c'est là une signature de leur fabrication, non un défaut.
Abadeh est une petite ville sur la route qui monte de Shiraz vers IspahanVoir dans le dictionnaire des tapis, trop petite pour nourrir son propre marché du tapis : ses tisserands portent donc leur ouvrage à Shiraz pour le vendre, ce qui fait de la capitale le point de collecte d'une bonne part de la production de la province. Ce ne sont pas ses premiers tapis qui ont fait son nom : ils reprenaient des motifs de vase, dans des couleurs trop sourdes pour se distinguer. La signature est venue plus tard, et volontairement, pour donner au tissage quelque chose de reconnaissable : un hexagone, un grand hexagone posé sur le champ, d'autres plus petits qui s'emboîtent en gradins vers le centre, et au milieu un médaillon en rosaceVoir dans le dictionnaire des tapis rempli de bleu nuit, de rouge ou de crème.
Autour de cette armature, le champ et les bordures se remplissent de petites figures stylisées : chevaux, moutons, oiseaux, arbres, étoiles, fleurs et polygones colorés. Ces miniatures expliquent la finesse du tissage, environ 225 KPSI, ce qui est élevé pour un tapis de village et tout simplement nécessaire si l'on veut que des motifs de cette taille restent lisibles. Le velours est en laine sur une base de coton. Les champs sont bleu nuit ou d'un rouge sombre et profond, le détail étant porté par le crème, l'orange, le vert, le bleu et le jaune. Comme le Qashqai, l'Abadeh supporte très bien les passages intensifs.
Des quatre, le Gabbeh est le plus dépouillé et celui qui paraît d'emblée le plus moderne ; il est noué par des familles tribales dans toute la province, dans ses villages comme à Shiraz même, et on l'attribue le plus souvent aux Qashqai et aux Lors du Zagros. Les documents le font remonter aux environs de 1600, soit quelque quatre siècles d'histoire attestée, même si la date reste approximative. Le velours est en laine sur une base de laine ou de poil de chèvreVoir dans le dictionnaire des tapis, le coton étant très rare, et on le laisse épais et long au lieu de le tondre court : un Gabbeh donne sous le pied une impression nettement plus dense que le tapis persan moyen.
Le Gabbeh n'a pas de dessin fixe. La plupart des Gabbeh sont géométriques, les arbres, les animaux et les personnages y étant réduits presque à l'abstraction ; la faible densité de nouage en est la cause, et les tisserandes en tirent parti au lieu de la combattre, ce qui est précisément ce qui rend ces tapis si faciles à vivre dans un intérieur contemporain. On distingue deux familles de couleurs. Le Gabbeh coloréVoir dans le dictionnaire des tapis est noué en laine teinte : toutes les palettes sont donc possibles, et les couleurs franches, soutenues, sont la règle. Le Gabbeh naturel se tisse à partir de toisons blanches et noires non teintes, mêlées en crèmes, bruns, gris et noirs, le plus souvent sur un fond crème. Les formats se resserrent autour de 0,90 à 1,20 m de large sur 1,80 à 2,10 m de long, avec quelques pièces plus petites.
Deux mises en garde méritent d'accompagner un achat. Le Gabbeh noué en ville, à Shiraz, s'apparente à un tapis d'atelier fait pour ressembler à un Gabbeh : bien noué, mais sans le caractère d'une pièce tribale ou villageoise. Et il arrive qu'un Gabbeh très fin et très lourd soit proposé sous le nom de Qashqai, ce qui n'est pas la même chose qu'un vrai Qashqai à motifs. Quant à la densité de nouage, elle renseigne mieux sur le style que sur la qualité : le Gabbeh et le Qashqai restent sous les 80 KPSI, le Shiraz tourne autour de 120, l'Abadeh autour de 225, et chacun de ces chiffres décrit un type de tapis différent, ni meilleur ni moins bon.

Un tapis persan est un tapis iranien noué mainVoir dans le dictionnaire des tapis, et la tradition dont il est issu est la plus ancienne qui soit attestée au monde. Le plus ancien tapis conservé, le tapis de PazyrykVoir dans le dictionnaire des tapis, a été retrouvé dans un tumulus funéraire où le gel l’avait préservé, et date du Ve siècle av. J.-C. — il y a environ 2 500 ans ; c’est déjà une œuvre aboutie, pas un coup d’essai. Ce qui n’était au départ qu’un revêtement de sol chaud et résistant pour les foyers des tribus est devenu, au fil de ces siècles, l’art auquel tous les autres pays producteurs de tapis ont emprunté.
Deux chapitres plus tardifs ont façonné le tapis persan tel qu’on le connaît aujourd’hui. Sous la dynastie safavideVoir dans le dictionnaire des tapis, de 1501 à 1732, la cour encourage le tissage au même titre que la peinture et la calligraphie, et les ateliers de TabrizVoir dans le dictionnaire des tapis, HératVoir dans le dictionnaire des tapis, KashanVoir dans le dictionnaire des tapis et KermanVoir dans le dictionnaire des tapis produisent les chefs-d’œuvre aujourd’hui conservés dans les musées. C’est à cette époque qu’apparaît le grand médaillon centralVoir dans le dictionnaire des tapis, et que les dessins deviennent si élaborés qu’un dessinateur à part entière — souvent un peintre miniaturiste — trace le motif sur un carton que le tisserand n’a plus qu’à suivre. Le second chapitre s’ouvre au XIXe siècle, sous la dynastie kadjareVoir dans le dictionnaire des tapis : la production atteint son apogée historique, les exportations vers l’Europe et l’Amérique s’envolent, et l’industrie des ateliers, dont les héritiers tissent encore aujourd’hui, prend sa forme moderne.
Les professionnels du tapis classent les tapis persans en trois familles. Les tapis de ville — Tabriz, Kashan, Kerman, NainVoir dans le dictionnaire des tapis, IspahanVoir dans le dictionnaire des tapis — sont noués en atelier d’après un carton dessiné ; ils atteignent les plus fortes densités de nœuds et offrent le plus large choix de couleurs, de tailles et de dessins. Les tapis de village, comme les HerizVoir dans le dictionnaire des tapis, les BakhtiarVoir dans le dictionnaire des tapis ou les KaradjaVoir dans le dictionnaire des tapis, se situent entre les deux : le plus souvent géométriques, ils sont en grande partie noués de mémoire. Les tapis tribaux — tapis qashqais, baloutches ou turkmènes, qui portent chacun le nom du peuple qui les tisse — sont réalisés sur de petits métiers portatifs, d’où leurs formats plus modestes, et leur dessin géométrique affirmé sort tout droit de la tête du tisserand, et non d’un papier.
Le vocabulaire ornemental puise dans un riche répertoire de motifs : palmettes Shah AbbasiVoir dans le dictionnaire des tapis, arabesques souples, petit motif heratiVoir dans le dictionnaire des tapis répété, médaillons, compositions de jardin et arbres de vie. Combinés aux habitudes de chaque région, ils donnent des styles qu’un œil exercé situe au premier regard, des médaillons géométriques affirmés des Heriz aux fins décors floraux curvilignes d’Ispahan.
La palette classique repose sur les teintures naturelles : rouges garanceVoir dans le dictionnaire des tapis, bleus indigo, jaunes safran et doux tons ivoire, réunis en harmonies affinées au fil des siècles. Les teintures naturelles vieillissent avec grâce et s’adoucissent jusqu’à cette patine si recherchée sur les tapis anciens ; quant aux légères variations de ton d’un lot de teintureVoir dans le dictionnaire des tapis à l’autre — l’effet appelé abrashVoir dans le dictionnaire des tapis —, elles sont la marque d’une teinture naturelle réalisée par petits lots, et non un défaut.
Le veloursVoir dans le dictionnaire des tapis est presque toujours en laineVoir dans le dictionnaire des tapis, et c’est d’elle que dépend en grande partie la qualité du tapis. Les plus belles toisons viennent des troupeaux d’altitude, où elles poussent plus épaisses et plus riches en lanolineVoir dans le dictionnaire des tapis ; la laine de tonte de printemps l’emporte sur la tonte d’automne, et le filage à la main donne un fil plus fin et plus doux que le filage à la machine. Les belles pièces ajoutent des rehauts de soie au velours de laine, et les plus fines sont nouées en pure soie. La fondation est généralement en coton dans les tapis de ville, en laine dans les tapis tribaux et les pièces plus anciennes, en soie tout en haut de la gamme.
Chaque nœud est fait à la main, un à un, selon l’une des deux techniques : le nœud persanVoir dans le dictionnaire des tapis (asymétrique), courant dans le centre et l’est de l’Iran, ou le nœud turcVoir dans le dictionnaire des tapis (symétrique), répandu dans le nord-ouest depuis que les tisserands seldjoukides l’y ont introduit aux XIe et XIIe siècles. Un grand tapis compte près de deux millions de nœuds et peut occuper un tisserand pendant environ un an.
La densité de nœudsVoir dans le dictionnaire des tapis est le chiffre sur lequel se focalisent les néophytes, et les plus belles pièces à fondation de soie atteignent bel et bien jusqu’à 1 000 nœuds par pouce carré. Mais la densitéVoir dans le dictionnaire des tapis ne compte que dans la mesure où le dessin l’exige : un Ispahan curviligne a besoin d’un nouage serré pour rester net, tandis qu’un Heriz géométrique est réputé pour sa robustesse avec un nombre de nœuds modeste. La matière, la symétrie, l’harmonie des couleurs et l’état en disent plus long sur la qualité que n’importe quel chiffre isolé.
Les tapis persans s’installent dans une pièce moderne aussi naturellement que dans un intérieur classique : tapis de salon qui attire tous les regards, socle discret sous la table à manger ou tapis de chambre plus calme. L’entretien est peu exigeant : un passage d’aspirateur délicat, sans brosse rotativeVoir dans le dictionnaire des tapis, une rotation de temps en temps pour une usure régulière et un lavage professionnel environ tous les cinq ans — plus tôt dans un couloir ou une entrée, moins souvent dans une pièce peu passante.
Un tapis persan noué main survit généralement à ses propriétaires. Des pièces centenaires nous parviennent régulièrement en bel état, les couleurs apaisées et le velours souple, souvent plus belles qu’à leur sortie du métier. Un tapis bien choisi et bien entretenu garde sa valeur et se transmet comme un objet de famille au lieu d’être remplacé — c’est précisément à cela que les nœuds, la laine et les teintures ont toujours servi.
Notre famille est dans le commerce du tapis depuis deux générations. Posez-nous toutes vos questions : photos, appels vidéo, conseils sur les dimensions.
Guides de notre atelier familial : comment nettoyer, disposer et entretenir des tapis noués main.